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Morphée dans tous ses états

Morphée dans tous ses états

Dormir et rêver... Quoi de plus naturel ! Et pourtant chaque nuit des milliers de personnes vivent un enfer... Conseils, nouvelles techniques, humeur du moment, films, nouvelles, BD, dessins,événements, tout ce qui concerne le sommeil est dans le blog du Réseau Morphée.

La sieste de Patrice Leconte

Alors que la rentrée se profile à grand pas et, avec le travail, l'inévitable privation de sommeil, voici un vécu  (négatif !) de la sieste mais fort bien vu par Patrice Leconte.

Extrait de l’article de Leslie Bedos (à voir aussi sur Fémina, aout 2006)

Et à retrouver en entier sur le site de « on a tout essayé » http://www.onatoutessaye.com/spip.php?article1521

 

 « Pour cette dernière sieste de l’été, Patrice Leconte a choisi d’aller dans un cimetière. Le message est clair, en voilà un que dormir le jour angoisse. Du coup, gentiment, on compatit et, surtout, on a envie qu’il s’explique. Allez, allongez-vous, cher ami, et racontez-nous pourquoi vous avez rayé la sieste de votre vie. Il nous dit tout, mais debout.

Cette idée d’aller faire la sieste dans un cimetière, c’est un peu lugubre, non ? « A part les enfants, qui ont besoin de la faire car ils se dépensent beaucoup, je voulais montrer, de façon un peu mélodramatique, ce que je pense de la sieste : pour moi, c’est un truc de vieux et l’antichambre de la mort. S ’assoupir en pleine journée, ça veut dire qu’on n’a plus 20 ans et c’est le signe avant-coureur d’une baisse de forme évidente. »

Un truc de vieillard, la sieste ? En balançant ça, Patrice Leconte est tout à fait conscient qu’il va faire hurler beaucoup de gens ni vieux ni malades qui adorent roupiller un quart d’heure sans avoir la sensation de basculer dans le clan des personnes séniles. Mais voilà, c’est dit et tant pis si ça fâche. D’ailleurs, il admire beaucoup ceux qui réussissent à s’allonger un peu, sans aucune mauvaise conscience et visiblement requinqués : « Je trouve ça héroïque. Que voulez-vous, j’ai le défaut de vouloir rentabiliser mes journées. Profiter de la vie, c’est obligatoirement être réveillé. L’idée de glandouiller ou de fermer les yeux en plein jour m’est quasiment insupportable. J’aime être dans l’action... Mettre à jour du courrier, avancer un scénario, tourner un film... quoi qu’il arrive je m’arrange toujours pour avoir quelque chose à faire. Et puis, si le sommeil du soir me semble mérité, s’interrompre dans l’après-midi me paraît absurde. C’est une perte de temps et forcément un moment usurpé. C’est stupide, je sais, mais la culpabilité est trop forte. »

Il lui [est déjà] arrivé de se reposer, par obligation, dans certains pays asiatiques ou en Espagne : « Quand ça fait partie de la culture et que toute la ville est couchée parce qu’il fait trop chaud, j’essaie tout de même de m’adapter un minimum. Histoire de ne pas avoir l’air d’un extraterrestre. »Et dans certains aéroports, assommé par le décalage horaire entre deux correspondances mal foutues, il avoue avoir parfois dormi comme un clodo, sur une banquette, avec sa veste roulée en boule sous la tête.  

En voyage ou dans les transports en commun, se surprend-il à regarder les gens en train de dormir ? « Très souvent. Pour moi, le monde se divise en deux catégories : ceux qui sont beaux à regarder et les autres. Dans la première catégorie, je mets, bien sûr, les enfants qui sont capables de prendre des positions invraisemblables tout en restant magnifiques, et puis certaines jeunes femmes qui ont une sorte de grâce innée et trouvent naturellement des postures délicates. Parfois, le soleil tombe sur une chevelure et c’est encore plus beau. On peut rêver des heures devant une jeune femme qui dort. Dans la seconde catégorie, il y a ceux qui se sont laissés gagner par le sommeil. Un peu malgré eux. C’est un accident et ça se voit. Ils sont lourds, mous, avachis, comme lestés par trop de nourriture. Leur tête pendouille lamentablement et on les entend grogner comme s’ils ravalaient leur respiration. C’est un spectacle affligeant. Dans un train, une fois, j’avais un Anglais très raffiné en face de moi. Il avait une veste en cachemire, une chemise superbe et en plus il était plutôt bel homme. Seulement, petit à petit, il s’est endormi, et là j’ai vu son corps et son visage se transformer immédiatement. En cinq minutes, il avait perdu sa prestance. »

Pourtant, de temps en temps, il la fait, cette foutue sieste. En caleçon et sans lunettes. Et ses rêves, qui devraient être flous, sont extrêmement précis : « C’est marrant pour un myope de rêver net. Enfin, le seul moment où la sieste me paraît envisageable, c’est l’été, en vacances. Par exemple, au bord d’une piscine, sur un transat, à l’ombre. On n’est pas tout seul mais, dans ces endroits-là, personne ne vous regarde vraiment et, en se mettant sur le ventre, même si on ne ressemble à rien, ça passe. Sinon, dans une chambre, qu’on soit seul ou à deux, une sieste doit être avant tout un instant délicieux. Je sais, c’est totalement contradictoire avec l’idée de petite mort dont je parlais au début mais, comme je la fais rarement, quand je pratique, je ne peux pas envisager que les choses se passent mal. Pour faire une bonne sieste, il faut, je crois, être un peu heureux. Je ne me vois pas aller m’affaler sur un plumard en étant tourmenté. On doit mettre du sourire dans une sieste et beaucoup de sensualité, sinon, ça n’a aucun intérêt. »

D’ailleurs, ses plus jolis souvenirs sont évidemment liés à des siestes crapuleuses, même si on ne dort pas... ou alors après. Crapuleuses... Il aimerait trouver un autre mot, plus tendre, qui convienne mieux à ce moment ravissant.

Et sa sieste la plus nulle ? « Un été, avec ma femme, dans le Sud, j’étais allé déjeuner chez des amis qui avaient voulu nous faire goûter des châteauneuf-du-pape. Des vins un petit peu lourds, surtout quand il fait très chaud à midi. Seulement voilà, je me suis laissé faire. Très vite, je me suis retrouvé dans un état second. Je suis allé m’évanouir dans une pièce, en attendant l’heure du train qui devait me ramener dans la capitale. Évidemment, je l’ai loupé, en dormant trop longtemps d’un sommeil pâteux. Je m’en souviendrai toute ma vie, c’était lamentable. C’était vraiment une sieste de poivrot. Une sieste de gros con ! » [Rires.]"

 

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Morena 14/09/2006 13:59

Je ne sais pas où poster ça (et pis y'en a marre de squatter les commentaires chez blog-territorial ;-)), mais je suppose que tu as lu le roman de Jonathan COE : "La maison du sommeil" ?Salutations bretonnes ;-)

Briesing 09/09/2006 13:11

Merci de nous proposer cela à lire au moment des adieux à la sieste ! Au moins on n'aura pas laids et avachis en début d'après-midi... ou moins ;)Bon week-end !

Sieglind la dragonne 29/08/2006 08:06

Un a priori certain quant à la sieste le monsieur hé, hé; Je ne vais pas dire que je suis de son avis, mais je n'arrive simplement pas à faire cette satanée sieste qu'on dit réparatrice! Impossible... avant, parce que j'étais toujours inconsciemment  à l'écoute de l'arrivée imminente des gamins de l'école... du téléphone qui allait sonner (évidemment, comme quand je suis aux chiottes)  au démarcheur ou voisin quelconque venant carillonner à ma sonnette... et puis, ça tourne à cent à l'heure le cerveau... impossible de compter les moutons hé, hé.Sympa l'article (et le Chateau-Neuf du Pape, pas idéal en effet pour avoir une sérénité adéquate avec la sieste (et la digestion aussi!)Bises vous deux et bonne journée.

le bateleur 28/08/2006 23:43

J'ai cherché ma sieste la plus nullejoie !
j'ai pas trouvé (sourire)²